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Le château de Versailles pendant la Seconde Guerre mondiale : l’occupation allemande

Château de Versailles © Adobe Stock

Le château de Versailles pendant la Seconde Guerre mondiale

Fermé au public dès l’été 1939, vidé de ses collections, occupé par la Wehrmacht à partir du 14 juin 1940 : le domaine de Versailles a traversé la guerre dans un état que peu de visiteurs imaginent. Voici ce que disent les archives du château — et ce que l’expression « forteresse militaire » recouvre réellement.
En bref
Le château de Versailles n’a pas été transformé en forteresse. Il a été fermé au public le 25 août 1939, avant même l’entrée en guerre, dans le cadre de la fermeture générale des musées nationaux, puis occupé par les troupes allemandes du 14 juin 1940 au 25 août 1944. Le domaine s’est militarisé — batteries de DCA dans les jardins, Wehrmacht cantonnée dans les Écuries, véhicules militaires dans le parc — mais il n’a jamais été fortifié : la ville était déclarée « ville ouverte », et une partie du musée a rouvert au public dès le 1er juin 1941.
  • 25 août 1939 : fermeture au public ; 695 œuvres évacuées vers les dépôts secrets de Brissac et Chambord.
  • 14-18 juin 1940 : entrée de la Wehrmacht, drapeau à croix gammée sur les toits, premières batteries de DCA dans les jardins.
  • 1er juin 1941 : réouverture partielle du musée — les Grands Appartements restent réservés aux soldats allemands.
  • 25 août 1944 : libération par les troupes du général Leclerc, après 1 500 jours d’occupation. Le bâtiment est debout.

« Forteresse militaire » : ce que le mot dit, et ce que les faits disent

L’expression revient souvent à propos de Versailles occupé, et elle est excessive. Une forteresse est un ouvrage fortifié, organisé pour être défendu. Or Versailles a suivi le chemin inverse : la ville a été déclarée « ville ouverte » à l’été 1940, statut qui signifie précisément qu’on renonce à la défendre pour épargner ses monuments — ce qui explique que le château soit sorti de la guerre presque intact. Ce qui est exact, en revanche, c’est la militarisation du domaine : positions antiaériennes, cantonnements, circulation d’engins militaires dans le parc. Deux réalités à ne pas confondre.

Le détail qui tranche la question
Le 1er juin 1941, en pleine Occupation, une partie du château rouvre au grand public dans l’aile nord, et les guides de visite en allemand sont réédités faute d’exemplaires. Le parc, lui, reste ouvert pendant presque toute la période. Un site fortifié ne réimprime pas ses brochures de visite.

Avant l’invasion : la « défense passive » et l’évacuation des collections

Dès le début des années 1930, les musées nationaux préparent la mise à l’abri des collections. À Versailles, le conservateur en chef Pierre Ladoué et l’architecte en chef Patrice Bonnet travaillent sur des plans d’évacuation et d’abris — celui du bosquet de la Salle de Bal pouvait accueillir 300 personnes. Le 25 août 1939, les musées ferment leurs portes ; le 29 août, les premiers camions quittent Versailles. Au total, 695 œuvres partent vers Brissac et Chambord — 494 tableaux, 85 objets d’art, 52 rideaux ou tentures, 32 tapisseries et tapis, 32 pièces de mobilier. Le reste demeure sur place, protégé faute de pouvoir être transporté.

Automne 1939

La galerie des Glaces murée

Les entrées de la galerie sont obturées par d’épais murs de briques, les décors sculptés démontés et numérotés, les fenêtres bouchées par des panneaux de bois.
Septembre 1938

La DCA sur les toits

Des mitrailleuses antiaériennes françaises sont posées sur les toitures. Patrice Bonnet s’y oppose : selon lui, elles offriraient un prétexte à la destruction du palais.

14 juin 1940 : l’entrée de la Wehrmacht

Le 13 juin 1940, la ville est déserte : après le départ des agents repliés vers les dépôts du sud, ils ne sont plus que quatre hommes pour veiller sur l’ensemble du domaine. Le lendemain matin, les blindés allemands débouchent sur les grandes avenues.

Le 15 juin, un gardien du musée, Victorien Cessac, est sommé d’escorter des soldats jusqu’au sommet du château : le drapeau à croix gammée est hissé sur les toits. Le 18 juin — jour de l’appel du général de Gaulle —, les Allemands installent des batteries de DCA dans les jardins.

Durant l’été, les troupes affluent et se photographient dans l’Orangerie et les jardins ; en juillet 1940, Joseph Goebbels visite le château, et Hermann Göring s’y rendra à plusieurs reprises. Versailles étant déclarée ville ouverte, la Wehrmacht y prend ses quartiers, notamment dans les Grandes et Petites Écuries.

Quatre années d’occupation : ce que le château a réellement subi

La remise en état voulue par l’occupant

Dès leur arrivée, les autorités allemandes se plaignent de l’état de dénuement du château : salles vides, œuvres exilées, jardins méconnaissables. Sous leur pression, un programme de réinstallation du musée est lancé en 1941 et confié à Charles Mauricheau-Beaupré, devenu conservateur en chef ; les statues remisées à l’abbaye des Vaux-de-Cernay retrouvent peu à peu leur place.

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C’est dans ce cadre qu’intervient la réouverture partielle du 1er juin 1941 : salles du XVIIe siècle, dix nouvelles salles consacrées au XIXe. Les Grands Appartements, eux, ne sont accessibles qu’aux soldats allemands. La même année, faute de personnel, le Petit Trianon ferme au public.

Le froid, l’eau, et les tirs de DCA

Les dégâts les plus graves ne viennent ni des combats ni des bombardements, mais de l’abandon technique du bâtiment : quatre hivers sans chauffage, une eau qui s’infiltre par les toits et ruisselle jusqu’au rez-de-chaussée, notamment dans la galerie des Batailles.

Les tirs des batteries antiaériennes, effectués depuis les terrasses, ébranlent les structures : dans la nuit du 2 au 3 mars 1942, les verrières de l’attique Chimay et celles du Midi s’effondrent ; le 6 mars, c’est au tour du médaillon central du plafond peint de la salle des Gardes de la Reine. En août 1943, la Luftwaffe installe un poste de DCA sur la toiture de la Grande Écurie, et les engins militaires défoncent les allées du parc.

Des morts parmi le personnel

L’occupation a aussi coûté des vies au personnel du domaine : le gardien Yves Le Foll est tué lors d’un bombardement allié sur Saint-Cyr en juin 1944, et Jean-Baptiste Faucher, gardien versaillais en poste au dépôt de Brissac, est tué par des soldats allemands. Dans la ville, le pilonnage de la gare des Chantiers fait plus de 220 morts le 24 juin 1944 et 250 le 29 juin.

695œuvres évacuées vers Brissac et Chambord dès l’automne 1939
1 500jours d’occupation, du 14 juin 1940 au 25 août 1944
4hommes seulement pour garder le domaine le 13 juin 1940

25 août 1944 : la Libération

En août 1944, les derniers convois allemands quittent Versailles. En partant, des soldats mitraillent la façade sud-est du château : quelques vitres brisées, des balles logées dans la pierre — aucun dégât d’importance. Les chars du général Leclerc entrent dans la ville le 25 août, et Victorien Cessac, le gardien contraint quatre ans plus tôt de conduire les Allemands jusqu’aux toits, y lève cette fois le drapeau tricolore.

Les Alliés prennent le relais : le quartier général allié s’installe en septembre 1944 à l’hôtel Trianon Palace tout proche, et Dwight Eisenhower s’établit dans la ville.

La renaissance de Versailles après l’occupation

Les dernières œuvres entreposées dans les dépôts ne rentrent qu’en mars 1946. Le château rouvre progressivement la même année, après d’importants travaux ; les bassins sont remplis et les Grandes Eaux reprennent. L’état du bâtiment reste pourtant préoccupant : les hivers sans chauffage ont laissé des plafonds percés et des toiles abîmées.

L’appel aux mécènes : une paternité souvent mal attribuée

On prête fréquemment à Charles Mauricheau-Beaupré l’appel radiophonique qui a sauvé Versailles. Les faits sont différents : en 1951, le conservateur en chef alerte André Cornu, sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts, sur l’état de délabrement du château — il pleut dans la galerie des Glaces. C’est Cornu qui, en février 1952, sollicite par voie radiophonique l’aide des Français. Les dons affluent : le gouverneur de la Banque de France, Georges Villiers, Roger Nimier, Jean Cocteau, Henri Matisse, Maurice Utrillo, et surtout de très nombreux particuliers.

À retenir
  • Militarisé, pas fortifié. Batteries de DCA et cantonnements, oui — mais la ville était « ville ouverte » : personne n’a organisé sa défense.
  • La fermeture précède la défaite. Le musée ferme le 25 août 1939, une semaine avant la déclaration de guerre — pas « après la défaite de 1940 ».
  • Le château rouvre pendant l’Occupation, partiellement, dès le 1er juin 1941 — les Grands Appartements restant réservés aux soldats allemands.
  • Les pires dégâts sont climatiques. Quatre hivers sans chauffage et des plafonds ébranlés par les tirs de DCA ont fait plus de mal que les combats.
  • Le bâtiment survit. Libéré le 25 août 1944, Versailles n’a subi aucune destruction majeure ; la reconstitution des collections s’achève en mars 1946.
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Questions fréquentes

Le château de Versailles a-t-il été bombardé ?
Indirectement. Le 4 juin 1944, un bombardement anglo-américain visant les infrastructures de la ville fait tomber près de 50 bombes dans le parc, endommageant les berges du Grand Canal. Le château lui-même n’a pas été détruit.
Les collections étaient-elles encore sur place pendant l’Occupation ?
En grande partie, non : 695 œuvres ont été évacuées dès l’automne 1939 vers Brissac et Chambord, dans des dépôts tenus secrets. Les pièces intransportables sont restées sur place, protégées. Le retour complet ne s’achève qu’en mars 1946.
Pouvait-on visiter Versailles sous l’Occupation ?
Oui, en partie. Le musée rouvre au public français le 1er juin 1941, dans l’aile nord. Les Grands Appartements, eux, n’étaient accessibles qu’aux soldats allemands, pour lesquels des guides de visite en allemand ont été réédités.
Quand Versailles a-t-il été libéré ?
Le 25 août 1944, par les troupes du général Leclerc, après 1 500 jours d’occupation. Les derniers convois allemands venaient de quitter la ville.
Hitler est-il venu à Versailles ?
Les archives documentent les visites de hauts dignitaires du Reich — Joseph Goebbels en juillet 1940, Hermann Göring à plusieurs reprises — mais pas celle d’Adolf Hitler, souvent affirmée et non étayée.
Sources
Sophie Lefevre

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