Le château de Versailles pendant la Seconde Guerre mondiale
- 25 août 1939 : fermeture au public ; 695 œuvres évacuées vers les dépôts secrets de Brissac et Chambord.
- 14-18 juin 1940 : entrée de la Wehrmacht, drapeau à croix gammée sur les toits, premières batteries de DCA dans les jardins.
- 1er juin 1941 : réouverture partielle du musée — les Grands Appartements restent réservés aux soldats allemands.
- 25 août 1944 : libération par les troupes du général Leclerc, après 1 500 jours d’occupation. Le bâtiment est debout.
« Forteresse militaire » : ce que le mot dit, et ce que les faits disent
L’expression revient souvent à propos de Versailles occupé, et elle est excessive. Une forteresse est un ouvrage fortifié, organisé pour être défendu. Or Versailles a suivi le chemin inverse : la ville a été déclarée « ville ouverte » à l’été 1940, statut qui signifie précisément qu’on renonce à la défendre pour épargner ses monuments — ce qui explique que le château soit sorti de la guerre presque intact. Ce qui est exact, en revanche, c’est la militarisation du domaine : positions antiaériennes, cantonnements, circulation d’engins militaires dans le parc. Deux réalités à ne pas confondre.
Avant l’invasion : la « défense passive » et l’évacuation des collections
Dès le début des années 1930, les musées nationaux préparent la mise à l’abri des collections. À Versailles, le conservateur en chef Pierre Ladoué et l’architecte en chef Patrice Bonnet travaillent sur des plans d’évacuation et d’abris — celui du bosquet de la Salle de Bal pouvait accueillir 300 personnes. Le 25 août 1939, les musées ferment leurs portes ; le 29 août, les premiers camions quittent Versailles. Au total, 695 œuvres partent vers Brissac et Chambord — 494 tableaux, 85 objets d’art, 52 rideaux ou tentures, 32 tapisseries et tapis, 32 pièces de mobilier. Le reste demeure sur place, protégé faute de pouvoir être transporté.
Le Grand Canal asséché
La galerie des Glaces murée
La DCA sur les toits
14 juin 1940 : l’entrée de la Wehrmacht
Le 13 juin 1940, la ville est déserte : après le départ des agents repliés vers les dépôts du sud, ils ne sont plus que quatre hommes pour veiller sur l’ensemble du domaine. Le lendemain matin, les blindés allemands débouchent sur les grandes avenues.
Le 15 juin, un gardien du musée, Victorien Cessac, est sommé d’escorter des soldats jusqu’au sommet du château : le drapeau à croix gammée est hissé sur les toits. Le 18 juin — jour de l’appel du général de Gaulle —, les Allemands installent des batteries de DCA dans les jardins.
Durant l’été, les troupes affluent et se photographient dans l’Orangerie et les jardins ; en juillet 1940, Joseph Goebbels visite le château, et Hermann Göring s’y rendra à plusieurs reprises. Versailles étant déclarée ville ouverte, la Wehrmacht y prend ses quartiers, notamment dans les Grandes et Petites Écuries.
Quatre années d’occupation : ce que le château a réellement subi
La remise en état voulue par l’occupant
Dès leur arrivée, les autorités allemandes se plaignent de l’état de dénuement du château : salles vides, œuvres exilées, jardins méconnaissables. Sous leur pression, un programme de réinstallation du musée est lancé en 1941 et confié à Charles Mauricheau-Beaupré, devenu conservateur en chef ; les statues remisées à l’abbaye des Vaux-de-Cernay retrouvent peu à peu leur place.
C’est dans ce cadre qu’intervient la réouverture partielle du 1er juin 1941 : salles du XVIIe siècle, dix nouvelles salles consacrées au XIXe. Les Grands Appartements, eux, ne sont accessibles qu’aux soldats allemands. La même année, faute de personnel, le Petit Trianon ferme au public.
Le froid, l’eau, et les tirs de DCA
Les dégâts les plus graves ne viennent ni des combats ni des bombardements, mais de l’abandon technique du bâtiment : quatre hivers sans chauffage, une eau qui s’infiltre par les toits et ruisselle jusqu’au rez-de-chaussée, notamment dans la galerie des Batailles.
Les tirs des batteries antiaériennes, effectués depuis les terrasses, ébranlent les structures : dans la nuit du 2 au 3 mars 1942, les verrières de l’attique Chimay et celles du Midi s’effondrent ; le 6 mars, c’est au tour du médaillon central du plafond peint de la salle des Gardes de la Reine. En août 1943, la Luftwaffe installe un poste de DCA sur la toiture de la Grande Écurie, et les engins militaires défoncent les allées du parc.
Des morts parmi le personnel
L’occupation a aussi coûté des vies au personnel du domaine : le gardien Yves Le Foll est tué lors d’un bombardement allié sur Saint-Cyr en juin 1944, et Jean-Baptiste Faucher, gardien versaillais en poste au dépôt de Brissac, est tué par des soldats allemands. Dans la ville, le pilonnage de la gare des Chantiers fait plus de 220 morts le 24 juin 1944 et 250 le 29 juin.
25 août 1944 : la Libération
En août 1944, les derniers convois allemands quittent Versailles. En partant, des soldats mitraillent la façade sud-est du château : quelques vitres brisées, des balles logées dans la pierre — aucun dégât d’importance. Les chars du général Leclerc entrent dans la ville le 25 août, et Victorien Cessac, le gardien contraint quatre ans plus tôt de conduire les Allemands jusqu’aux toits, y lève cette fois le drapeau tricolore.
Les Alliés prennent le relais : le quartier général allié s’installe en septembre 1944 à l’hôtel Trianon Palace tout proche, et Dwight Eisenhower s’établit dans la ville.
La renaissance de Versailles après l’occupation
Les dernières œuvres entreposées dans les dépôts ne rentrent qu’en mars 1946. Le château rouvre progressivement la même année, après d’importants travaux ; les bassins sont remplis et les Grandes Eaux reprennent. L’état du bâtiment reste pourtant préoccupant : les hivers sans chauffage ont laissé des plafonds percés et des toiles abîmées.
L’appel aux mécènes : une paternité souvent mal attribuée
On prête fréquemment à Charles Mauricheau-Beaupré l’appel radiophonique qui a sauvé Versailles. Les faits sont différents : en 1951, le conservateur en chef alerte André Cornu, sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts, sur l’état de délabrement du château — il pleut dans la galerie des Glaces. C’est Cornu qui, en février 1952, sollicite par voie radiophonique l’aide des Français. Les dons affluent : le gouverneur de la Banque de France, Georges Villiers, Roger Nimier, Jean Cocteau, Henri Matisse, Maurice Utrillo, et surtout de très nombreux particuliers.
- Militarisé, pas fortifié. Batteries de DCA et cantonnements, oui — mais la ville était « ville ouverte » : personne n’a organisé sa défense.
- La fermeture précède la défaite. Le musée ferme le 25 août 1939, une semaine avant la déclaration de guerre — pas « après la défaite de 1940 ».
- Le château rouvre pendant l’Occupation, partiellement, dès le 1er juin 1941 — les Grands Appartements restant réservés aux soldats allemands.
- Les pires dégâts sont climatiques. Quatre hivers sans chauffage et des plafonds ébranlés par les tirs de DCA ont fait plus de mal que les combats.
- Le bâtiment survit. Libéré le 25 août 1944, Versailles n’a subi aucune destruction majeure ; la reconstitution des collections s’achève en mars 1946.
Questions fréquentes
Le château de Versailles a-t-il été bombardé ?
Les collections étaient-elles encore sur place pendant l’Occupation ?
Pouvait-on visiter Versailles sous l’Occupation ?
Quand Versailles a-t-il été libéré ?
Hitler est-il venu à Versailles ?
- « Le château de Versailles dans la Seconde Guerre mondiale » — chronologie et archives photographiques du Service des archives du château de Versailles.
- Château de Versailles — Wikipédia, sections « Deux guerres mondiales » et « Période Mauricheau-Beaupré » (sources citées en notes).
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